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Source: radio-canada
La famille de Mariette Fournier, une dame de 86 ans décédée après quatre jours d’attente à l’urgence de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont, à Montréal, a lancé mardi une pétition demandant une enquête publique sur la situation dans les hôpitaux du Québec.
Lors d’une conférence de presse tenue le jour même des funérailles de Mme Fournier, les représentants de sa famille ont aussi réclamé des états généraux sur le système de santé, pour discuter du « droit de mourir dignement ».
Le neveu et la fille de Mariette Fournier ont invité le ministre de la Santé et des Services sociaux, Yves Bolduc, à mieux exploiter l’expertise des pharmaciens et à réorganiser le système de tri aux urgences. Ils lui ont aussi demandé de tenir compte des recommandations des infirmières et des urgentologues qui sont, selon eux, aussi désespérés que les patients.
Le président de l’Association des victimes de maladies nosocomiales, Jacques Besson, a aussi rappelé que cinq types d’infection de ce genre étaient présentes dans l’hôpital au moment du décès de Mme Fournier.
M. Besson a affirmé que le gouvernement pourrait récupérer des sommes considérables en s’attaquant à ces maladies qui coûtent jusqu’à 150 millions de dollars par année à un établissement comme le CHUM. « Un haut fonctionnaire du système de santé nous a dit : “Si on est capables de contrôler les infections nosocomiales, en deux ou trois ans, il n’y a plus une liste d’attente” », a déclaré Jacques Besson.
Le gouvernement sur la sellette
Le problème des urgences n’a pas manqué d’animer la rentrée parlementaire à Québec, après deux semaines de pause.
Lors de la période des questions à l’Assemblée nationale, la chef de l’opposition officielle, Pauline Marois, a demandé au premier ministre Jean Charest ce que son gouvernement comptait faire pour remédier à la situation. La chef du Parti québécois a qualifié la situation dans les urgences de « dérapage ».
Le premier ministre Charest a rétorqué en parlant des compressions et des mises à la retraite dans le réseau de la santé effectuées par le gouvernement péquiste de Lucien Bouchard pour atteindre le déficit zéro.
De son côté, le chef de l’Action démocratique du Québec, Gérard Deltell, a critiqué la lenteur du gouvernement à agir. Il a rappelé que les libéraux étaient au pouvoir depuis 2003 et a souligné que le ministre Yves Bolduc parle de changements dans le réseau de la santé qui ne seront visibles que dans cinq ans.
faq // Mise à jour technique
Le ministre Bolduc a martelé que les morts récentes de patients à l’urgence ou en attente de chirurgie étaient inacceptables, et qu’il travaillait à trouver des solutions. M. Bolduc a affirmé que seulement 11 des 87 services d’urgence au Québec éprouvaient des difficultés. Le ministre a rappelé que 3,4 millions de personnes se rendent à l’urgence chaque année, que 500 000 chirurgies sont effectuées annuellement, et que dans la vaste majorité de ces cas, tout se passe bien.
En entrevue à l’émission C’est bien meilleur le matin, mardi, le ministre Bolduc a soutenu qu’il ne fallait pas généraliser à l’ensemble du système les cas particuliers de patients morts en attente d’une chirurgie cardiaque. Il a affirmé que la liste d’attente en chirurgie cardiaque était passée de 1000 à 500 noms depuis l’an 2000.
Yves Bolduc a expliqué que le manque de lits disponibles en courte durée était dû au manque de places dans les établissements de soins de longue durée et dans les ressources intermédiaires. Et ce manque de lit en courte durée, ainsi que la pénurie d’infirmières en soins intensifs, a également un impact sur l’attente aux urgences.
M. Bolduc a assuré qu’il était conscient du problème. « Le fait de dire qu’il y a des problèmes ne veut pas dire qu’on n’a pas de solutions », a-t-il dit.
Source: radio-canada
Source de l’article: La presse Ariane Lacoursière
Pierre Latulippe, 57 ans, est entré à l’hôpital Notre-Dame du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM) le 8 février, en vue de subir une intervention cardiaque.
Mais la grave crise qui touche actuellement les services de soins intensifs de la métropole a entraîné le report de son opération 10 fois. Ce n’est que le 18 février qu’il est finalement passé sous le bistouri.
«Il était minuit moins une. Quand les médecins m’ont ouvert, il ont vu que j’avais besoin d’un quadruple pontage. Je vivais avec une bombe à retardement à l’intérieur de moi. Chaque jour d’attente me mettait encore plus à risque», raconte M. Latulippe, qui habite à Sainte-Thérèse.
M. Latulippe a appris qu’il avait des problèmes cardiaques en 2002. Mais pendant plusieurs années, incapable d’avoir accès à un cardiologue, il a mis son problème de côté. Ce n’est qu’en novembre dernier qu’il a finalement consulté un spécialiste. «Il m’a dit que trois artères de mon coeur étaient bloquées, que l’opération pressait et que je l’aurais vers la fin de janvier», relate-t-il.
Le CHUM a demandé à M. Latulippe de se présenter, à jeun, pour son opération le 8 février. Mais elle a été reportée. M. Latulippe a dormi à l’hôpital et s’est préparé pour le lendemain. Mais tout a encore été annulé. Le même manège s’est reproduit pour un total de 10 jours. «Chaque fois, je devais être à jeun! Mais on annulait mon opération parce qu’il manquait de lits aux soins intensifs», témoigne M. Latulippe.
Le chef du service des soins intensifs du CHUM, le Dr Tudor Costachescu, confirme que le manque de personnel aux soins intensifs entraîne la fermeture de plusieurs lits et force le report de dizaines d’opérations comme celle de M. Latulippe. «J’ai de 25 à 30 lits fermés ici à cause du manque de personnel, affirme le Dr Costachescu. À cause de ça, on doit constamment remettre des interventions cardiaques, mais aussi des interventions en neurochirurgie, des opérations pour le cancer et des traitements de radiologie.»
Meilleures conditions
La crise qui touche les soins intensifs à Montréal n’est pas récente. Elle dure depuis plus d’un an. «Mais absolument rien n’a été fait pour la régler, déplore le Dr Costachescu, qui croit que la solution passe par l’offre de conditions de travail plus intéressantes aux infirmières des soins intensifs. Des primes ont été mises en place. Mais ce n’est pas suffisant. Ça prend du leadership du gouvernement pour régler le dossier.»
Le Dr Costachescu mentionne qu’un patient dont l’opération est reportée voit sa santé mise à risque. «Si quelqu’un a un cancer et qu’on reporte son opération de plusieurs semaines, qui sait à quel point son cancer se sera répandu? Imaginez le stress de ces gens… C’est tragique.»
M. Latulippe, lui, est encore choqué d’avoir vu son opération reportée 10 fois. Il ne comprend pas comment le gouvernement peut tolérer de mettre des patients ainsi à risque. «Mon coeur était vraiment mal en point. Une simple émotion forte et j’aurais pu y passer… Cette attente est très dangereuse, dit-il. Le personnel fait son possible, mais notre système de santé a de sérieux ratés. Avec ce qu’on paie en impôts au Québec, ça n’a pas de bon sens.»
Éclipsé par les urgences
Le Dr Costachescu déplore qu’actuellement, la crise qui touche les urgences éclipse totalement les autres problèmes vécus dans les milieux hospitaliers, dont ceux aux soins intensifs. «Les directions d’hôpitaux qui n’ont pas de bonnes statistiques aux urgences se font chicaner. Donc dès qu’un lit se libère aux étages, on y place un patient des urgences pour avoir de meilleures statistiques. Mais pendant ce temps, les soins intensifs débordent et les opérations électives sont reportées, explique-t-il. Contrairement aux patients des urgences qui sont tout de même soignés dans les couloirs, ceux qui attendent chez eux pour avoir une opération ne reçoivent aucun traitement.»
Source de l’article: La presse